Optimisation et organisation

Les restructurations, réorganisations - sans parler des fusions/acquisitions - se succèdent jour après jour dans les pages économiques. La déconcentration puis la décentralisation ont été des abonnées des pages politiques.
Les enjeux liés aux modes d'organisation ne sont pas forcément explicités : ils sont pourtant fortement emprunts de questions d'optimisation et d'aide à la décision. En effet, le mode d'organisation d'une société (ou plus globalement d'une chaîne de production de valeur car il faut souvent prendre en compte les fournisseurs et/ou les filiales selon le problème envisagé), les processus de négociation entre les différentes entités en relation, les processus d'incitation et de contrôle sont directement reliés à l'efficacité globale de la société. Le même raisonnement peut s'appliquer à toute puissance publique, en substituant l'objectif d'utilité sociale au profit.

Les quarante dernières années ont vu les économistes prendre ce problème de structuration d'entreprise à bras le corps. Les théories (et modélisations) les plus récentes tendent à réduire la granularité de modélisation de l'entité (type direction) vers l'individu (vu en tant qu'agent interagissant avec d'autres agents) et s'appuient sur des concepts de théorie des jeux. L'enjeu est alors la description d'un système très complexe dont les propriétés de haut-niveau (rentabilité, réactivité) dépendent largement de ses propriétés micro- ou mésoscopiques (nombre de personnes encadrées par le même encadrant, régularité des réunions d'équipe, régularité des échanges d'information de type hiérarchique...).

En pratique, le conseil en organisation s'appuie essentiellement sur des techniques qualitatives, s'agissant de problèmes (quantitativement) très complexes. Il existe également des méthodologies quantitatives adaptées à des typologies de problèmes particuliers (logistique, etc.). Pour sa part, Artelys propose une offre originale s'appuyant sur ses compétences quantitatives dans ce domaine.

S'intéresser à ces problèmes du point de vue quantitatif conduit souvent à envisager au niveau de la modélisation les mécanismes de décomposition et de coordination d'un problème (maître) avec des sous-problèmes d'optimisation.

Si l'on se concentre par exemple sur une société de production manufacturière, composée de plusieurs usines produisant le même produit en masse, la coordination entre la tête de la société et les différentes usines peut suivre plusieurs modes. L'un d'entre eux (baptisé décomposition par allocation de ressources) conduit la société à distribuer les objectifs de production à chacune des usines compte tenu de leur rendement (encore faut-il que le planificateur société connaisse la fonction de rendement de chacune des usines) ; cela correspond schématiquement au fonctionnement de l'économie planifiée. Une alternative classique est la décomposition par les prix : concrètement, cela revient à donner l'autonomie à chaque (dirigeant d') usine de produire (et vendre à la société) en fonction de prix d'achat du produit (un système de facturation interne donc). Cela correspond schématiquement au fonctionnement de l'économie libérale.

Au-delà des choix de modèles de société (humaine) et de cet exemple académique, les situations réelles s'avèrent plus complexes. En effet, pour les théoriciens des systèmes de décision, la division du travail est envisagée classiquement en terme d'entités découplées ("division of labor means factoring the total system of decisions that need to be made into relatively independent subsystems, each one of which can be designed with only minimal concern for its interactions with the others" , Simon , 1973) où la cohérence d'ensemble est construite à partir de la stratégie d'entreprise d'une part et par les interfaces opérationnelles d'autre part. Dans de tels cas, les objectifs des entités sont généralement complémentaires. Par exemple, le service marketing promeut un produit dont la vente est assurée par le service vente et qui est produit par le service production. Le service marketing doit susciter une attente du marché en phase avec les capacités de production ; le service vente doit assurer une distribution en ligne avec ces objectifs et la conception du produit doit pouvoir permettre d'atteindre l'audience souhaitée. La stratégie d'entreprise permet la définition des objectifs clés (marché à cibler, part de marché à acquérir) dont découlent les autres. Si l'on songe au cas de la production d'un produit technologique complexe (automobile, avion) faisant intervenir de (très) nombreuses parties prenantes, la gestion de ces objectifs complémentaires peut s'avérer fort complexe, même au niveau opérationnel, requérant une définition efficace des interfaces entre parties prenantes (gestion de la chaîne logistique notamment).

Les objectifs peuvent également être en compétition (comme l'exemple susmentionné des usines qui produisent le même produit). Mais certains cas plus complexes peuvent survenir où les objectifs opérationnels des parties prenantes seraient contradictoires. Prenons l'exemple du réseau de transport souterrain new-yorkais (qui présente, rappelons-le, la particularité de fonctionner en continu d'une part et d'offrir des doublons de tronçons en desserte locale / express d'autre part) - il est à noter que l'exemple serait le même avec un réseau de type quelconque où le produit/service offert correspond à une mise à disposition géographiquement localisée et non stockable. Les objectifs (à court terme) des entités respectivement en charge de la gestion des infrastructures et des services clientèle sont antagonistes à court terme. La gestion des actifs physiques implique des travaux de maintenances préventives (mais aussi d'investissements) qui mettent temporairement et localement le réseau hors service (afin d'éviter un événement catastrophique de type effondrement de tunnel …). Le service clients vise à offrir à chaque instant une liaison point à point pour chaque client potentiel (afin qu'il ne s'évade pas vers des modes de transport concurrents). La coordination d'un tel ensemble passe par une coordination fine sur la planification des entretiens du réseau (dans le temps et dans l'espace) pour permettre d'offrir des solutions alternatives pour les usagers et de communiquer sur celles-ci dans des délais acceptables par le client.

 

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