Modéliser la concurrence

Pour modéliser les stratégies mises en œuvre par un ensemble d'entreprises en situation de concurrence, on peut tout d'abord envisager le cas de la concurrence "parfaite", où les acteurs sont nombreux et de même envergure. La résolution repose sur le formalisme de base des jeux sans coopération (équilibre de Nash). Dans la réalité, cette représentation est souvent peu adaptée, en particulier dans le cas d'un processus de libéralisation, où généralement les différents acteurs ne sont pas de même nature et sont peu nombreux. Typiquement, l'un d'entre eux dispose d'une avance substantielle (avance technologique, capacité de production, clientèle héritée d'une position de monopole, etc.) et ses choix modifient les possibilités des autres acteurs.

On est donc en présence d'un leader ou pionnier et de suiveurs, c'est-à-dire dans le cadre d'un jeu de type Stackelberg (ou leader-follower), dont la résolution reflète l'aspect asymétrique et séquentiel du modèle : à décision du pionnier fixée, les suiveurs optimisent leurs décisions, puis la décision optimale du pionnier est déduite d'un programme d'optimisation avec contraintes pour les réponses des suiveurs. D'un point de vue d'optimisation, on a donc a priori affaire à un problème bi-niveaux. Sous des hypothèses assez faibles, il est cependant possible de se ramener à une classe de problèmes dits à contraintes de complémentarité (ou d'équilibre), en remplaçant les problèmes du niveau bas (ceux des suiveurs) par leurs conditions d'optimalité. On nomme ces problèmes "Mathematical Problems with Equilibrium Constraints" ou encore MPEC.

Le terme de complémentarité qualifie la nature de ces contraintes qui imposent qu’une décision des suiveurs n’est prise que pour un prix marginal inférieur à une certaine valeur. Si on considère le cas où le problème de plus bas niveau est un problème de production, cette complémentarité correspond au fait que l’un des suiveurs ne produit que si le prix marginal de production est inférieur à un certain plafond et modélise le choix offert au suiveur (produire ou non). De façon générique, ces contraintes sont de la forme :

La contrainte de complémentarité cristallise la difficulté, tant théorique (modéliser un choix) que numérique du problème. Ce type de contrainte conduit en effet à un problème où la qualification "classique" des contraintes (Mangasarian-Fromovitz) n'est assurée en aucun point réalisable. Ceci conduit les linéarisations issues du lagrangien à approcher de façon inappropriée le problème initial. En particulier pour les méthodes de type programmation quadratique successive, les sous-problèmes quadratiques peuvent être inadéquats face au problème initial, même lorsqu'on est proche d'un point stationnaire. Une autre source de difficultés numériques provient des gradients des contraintes, dont l'indépendance linéaire n'est pas vérifiée.

Les conditions favorables de qualification des contraintes n'étant pas respectées, le fonctionnement même des algorithmes standards d'optimisation non linéaire est remis en cause. Cependant, la structure particulière des problèmes permet de formuler des conditions de qualification spécifiques et de modifier les algorithmes pour la prise en compte explicite et adaptée de ces contraintes de complémentarité. Pour les méthodes de points intérieurs deux optiques sont envisageables : relâcher la contrainte de complémentarité (1) en introduisant, par exemple, un paramètre ε que l’on fait tendre vers 0 :

ou bien employer une technique de pénalisation exacte qui intègre cette contrainte à la fonction objectif (cf. [2]). Certains solveurs de programmation non linéaire et certains modeleurs intègrent de tels traitements. C'est notamment le cas de Knitro, qui offre depuis sa version 5 cette fonctionnalité à la fois à travers son interface Ampl et son interface C.

Vous trouverez ici un exemple de problème de fiscalité qui illustre le comportement de l’algorithme de points intérieurs de Knitro avec et sans l’option MPEC. Cet exemple simple illustre une forme de concurrence entre un Etat (pionnier) qui choisit un niveau de fiscalité pour assurer un revenu minimum et des consommateurs (suiveurs) dont le comportement est modifié par le niveau de fiscalité. Les suiveurs cherchent un équilibre entre leurs différents loisirs et consommations et leur coût. Il s’agit d’un exemple académique avec deux consommateurs. Voici les résultats obtenus par les deux versions de l’algorithme de points intérieurs de Knitro.

[1] Leader-Follower Equilibria for Electric Power and NOx Allowances Markets, Y. Chen, B. Hobbs, S. Leyffer, and T. Munson, ANL/MCS-P1191-0804, August 2004.
[2] Interior Methods for Mathematical Programs with Complementarity Constraints, S. Leyffer, G. Lopez-Calva and J. Nocedal, Report OTC 2004-10, July 2005.

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